Grande Guerre et colonie : Le cas guyanais, de Oddon Abbal

 

Odon Abbal est docteur en Histoire et membre du Centre d’Histoire militaire de Montpellier. Il a publié de nombreux articles sur la Grande Guerre dans diverses revues. En 2014, il fait paraître le livre Grande Guerre et colonie : Le cas guyanais aux éditions Ibis Rouge. Le chapitre étudié décrit les conséquences de la Première Guerre mondiale sur la Guyane et sa colonie.

Odon Abbal, dans le chapitre 2 intitulé “Les Premiers effets du conflit” renseigne le lecteur sur les conséquences économiques de la Première Guerre mondiale constatées en Guyane. Il analyse les attitudes de la population guyanaise et celles de ses dirigeants, affichées depuis le début du conflit jusqu’en 1915, tout en réduisant son champ d’investigation à une année. Cette approche lui permet de réaliser une observation minutieuse et quotidienne de l’évolution des deux comportements précédemment cités.

Il souligne une évolution très progressive de l’implication de la région dans le conflit : elle était passive, mais devient active contre son gré. D’abord « lointaine spectatrice » (cit.p.25), elle voit son quotidien bouleversé par « l’effort de guerre » « qui perturbe les circuits de distribution habituels » (ibid).

Il montre les conséquences de la rupture des liaisons entre la métropole et les commerçants Guyanais, en soulignant la pénurie des produits de première nécessité qui s’ensuit. Il met l’accent sur l’augmentation des prix entraînée par la rareté des produits, qui « augmente les difficultés du quotidien » (cit.p.27). Les recettes liées à la colonie restent à quai, d’où l’aggravation de la crise financière. Suite au ralentissement des échanges, « la banque de Guyane a immédiatement accordé des avances aux producteurs au taux de 6 % » (ibid). Abbal explique que « l’élan patriotique qui a gagné tout le monde » (ibid) a encouragé la banque à aider la population.

Autre conséquence mise en lumière par l’auteur : l’isolement de la colonie. En effet, celle-ci n’est plus reliée « mensuellement à la métropole que par la compagnie générale transatlantique, par Saint-Nazaire et Bordeaux » (cit.p.28). Odon Abbal rapporte qu’en « 1915 », « la pénurie des ressources consommables s’est rajoutée à la pénurie des revenus » (cit.p.29). Il fait le lien entre les deux éléments, ce qui intéressera les historiens spécialisés sur la Guyane.

Il insiste enfin, dans la dernière partie de l’article, sur l’étrange enthousiasme qui a gagné les habitants à l’annonce de l’entrée en guerre du pays. « Le moral est bon », « la guerre actuelle a produit une bonne impression », « les habitants de la commune se réjouissent des premiers succès français » (cit.p.34). Il explique cet engouement par « des sentiments patriotiques » (ibid) qui encouragent la population à participer aux combats. Ces sentiments se heurtent toutefois à de graves difficultés financières caractérisées par une soudaine hausse des prix dans les commerces : il présente un tableau des différents produits alimentaires et d’usage quotidien qui met en évidence des augmentations allant de 9 à 37,5 %. Autre difficulté rencontrée : l’insécurité causée par « la menace de la population pénale » (cit.p.36). Les bagnards sont en effet soumis à des « chefs d’inculpation » « multiples » (ibid).

A chaque problème soulevé, une solution est cherchée : emploi des transportés aux travaux agricoles, obtention de primes par les agriculteurs…Odon Abbal montre ainsi, avec une précision sans failles, que les Guyannais et les métropolitains se sont unis en 1917 pour mener la guerre de front.

Odon Abbal montre son souci d’analyse des données économiques et de mise en lumière des comportements humains liés à la situation de guerre.

Vous pouvez lire cet article et tous les autres chapitres de l’œuvre sur le site d’Artelittera, au prix de 4 € :

Pénélope Giordano

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