Habiter le monde – Martinique 1946-2006, de Marie-Hélène Léotin

Chapitre 12 : “Les partis politiques : entre assimilation et réformisme”

Marie-Hélène Léotin est journaliste et enseignante d’histoire-géographie au lycée Franz Fanon de Trinité, une commune française située en Martinique. Elle a été membre de l’AGEM, l’Association Générale des Etudiants Martiniquais, en France. Elle est aujourd’hui journaliste et militante pour le CNCP – Conseil National des Comités Populaires –, un parti d’extrême-gauche qui lutte pour l’indépendance de la Martinique. Elle publie, en 2008, aux éditions Ibis Rouge, l’ouvrage Habiter le monde – Martinique 1946-2006.

Le chapitre 12, “Les partis politiques : entre assimilation et réformisme”, présente le désir d’une assimilation positive par la Fédération Martinique du Parti communiste français. Les populations colonisées revendiquent en effet, par le biais de l’assimilation, une prise d’indépendance par rapport à la métropole qui les tenait sous son joug, tout en conservant les mêmes droits que les citoyens français. Leur volonté : devenir un département français à part entière. Pour ce faire, ils mettent en avant le principe d’assimilation, qu’ils justifient en huit points, aux pages 34-35, des « conditions pour la mise en place d’une démocratie » à la « lutte pour l’égalité des droits ». Cela montre une évolution positive qui laisse un espoir quant à l’indépendance de la Martinique dans les années 1970.

Marie-Hélène Léotin mêle « assimilationnisme et paternalisme » (cit.p.35), puisqu’elle accueille favorablement diverses personnalités Françaises, en particulier Victor Shoelcher, homme politique français qui a fait abolir l’esclavage au XIXe siècle. L’assimilationnisme, propre au Parti communiste, offre selon elle une égalité des droits entre le Parti et la colonie.

A la page 36, elle fait preuve d’une grande lucidité en remontant soixante ans en arrière pour présenter deux aspects du Parti : sa volonté d’accorder des libertés au peuple, qui côtoie le désir d’infantiliser ce même peuple. Elle montre le basculement opéré en 1946 suite à la mise en avant du Parti communiste grâce à des cérémonies en l’honneur de la naissance de Victor Shoelcher, tout en rappelant les tentatives de révolte, dès 1789, par des Noirs, contre la décision d’une assimilation totale.

Les pages 55 et 56 témoignent enfin d’un tournant marqué par l’apparition des fondateurs de la créolité : Marie-Hélène Léotin rapporte ainsi une analyse de l’assimilation faite par cette créolité, qui met en évidence sa prise de conscience quant à la confusion entre « liberté » et « assimilation », puis entre « liberté » et « francisation » (cit.p.36). Cette confusion serait liée au passage de la Martinique d’une société rurale à une société urbaine suite aux colonies françaises.

Vous pouvez lire cet article, ainsi que tous les autres chapitres de l’œuvre sur https://www.artelittera.com/fr/615-habiter-le-monde-martinique-1946-2006-de-marie-helene-leotin au prix de 4 €.

Pénélope Giordano

Grande Guerre et colonie : Le cas guyanais, de Oddon Abbal

 

Odon Abbal est docteur en Histoire et membre du Centre d’Histoire militaire de Montpellier. Il a publié de nombreux articles sur la Grande Guerre dans diverses revues. En 2014, il fait paraître le livre Grande Guerre et colonie : Le cas guyanais aux éditions Ibis Rouge. Le chapitre étudié décrit les conséquences de la Première Guerre mondiale sur la Guyane et sa colonie.

Odon Abbal, dans le chapitre 2 intitulé “Les Premiers effets du conflit” renseigne le lecteur sur les conséquences économiques de la Première Guerre mondiale constatées en Guyane. Il analyse les attitudes de la population guyanaise et celles de ses dirigeants, affichées depuis le début du conflit jusqu’en 1915, tout en réduisant son champ d’investigation à une année. Cette approche lui permet de réaliser une observation minutieuse et quotidienne de l’évolution des deux comportements précédemment cités.

Il souligne une évolution très progressive de l’implication de la région dans le conflit : elle était passive, mais devient active contre son gré. D’abord « lointaine spectatrice » (cit.p.25), elle voit son quotidien bouleversé par « l’effort de guerre » « qui perturbe les circuits de distribution habituels » (ibid).

Il montre les conséquences de la rupture des liaisons entre la métropole et les commerçants Guyanais, en soulignant la pénurie des produits de première nécessité qui s’ensuit. Il met l’accent sur l’augmentation des prix entraînée par la rareté des produits, qui « augmente les difficultés du quotidien » (cit.p.27). Les recettes liées à la colonie restent à quai, d’où l’aggravation de la crise financière. Suite au ralentissement des échanges, « la banque de Guyane a immédiatement accordé des avances aux producteurs au taux de 6 % » (ibid). Abbal explique que « l’élan patriotique qui a gagné tout le monde » (ibid) a encouragé la banque à aider la population.

Autre conséquence mise en lumière par l’auteur : l’isolement de la colonie. En effet, celle-ci n’est plus reliée « mensuellement à la métropole que par la compagnie générale transatlantique, par Saint-Nazaire et Bordeaux » (cit.p.28). Odon Abbal rapporte qu’en « 1915 », « la pénurie des ressources consommables s’est rajoutée à la pénurie des revenus » (cit.p.29). Il fait le lien entre les deux éléments, ce qui intéressera les historiens spécialisés sur la Guyane.

Il insiste enfin, dans la dernière partie de l’article, sur l’étrange enthousiasme qui a gagné les habitants à l’annonce de l’entrée en guerre du pays. « Le moral est bon », « la guerre actuelle a produit une bonne impression », « les habitants de la commune se réjouissent des premiers succès français » (cit.p.34). Il explique cet engouement par « des sentiments patriotiques » (ibid) qui encouragent la population à participer aux combats. Ces sentiments se heurtent toutefois à de graves difficultés financières caractérisées par une soudaine hausse des prix dans les commerces : il présente un tableau des différents produits alimentaires et d’usage quotidien qui met en évidence des augmentations allant de 9 à 37,5 %. Autre difficulté rencontrée : l’insécurité causée par « la menace de la population pénale » (cit.p.36). Les bagnards sont en effet soumis à des « chefs d’inculpation » « multiples » (ibid).

A chaque problème soulevé, une solution est cherchée : emploi des transportés aux travaux agricoles, obtention de primes par les agriculteurs…Odon Abbal montre ainsi, avec une précision sans failles, que les Guyannais et les métropolitains se sont unis en 1917 pour mener la guerre de front.

Odon Abbal montre son souci d’analyse des données économiques et de mise en lumière des comportements humains liés à la situation de guerre.

Vous pouvez lire cet article et tous les autres chapitres de l’œuvre sur le site d’Artelittera, au prix de 4 € :

Pénélope Giordano

Afrodescendances, cultures et citoyenneté: Chapitre 9

9782763798974Cet ouvrage, intitulé Afrodescendances, cultures et citoyenneté, publié sous la direction de Francine Saillant et Alexandrine Boudreault-Fournier a été publié en 2012 par les Presses de l’Université Laval.

Le chapitre 9, à télécharger sur artelittera.com, signé Catherine Benoît, enseignante chercheure au Département d’anthropologie, Connecticut College, porte le titre suivant : ” L’héritage de l’indépendance d’Haïti à la Guadeloupe
Du langage des droits au non-droit des expulsions“. Quel est le propos de l’auteure ? Celle-ci interroge le traitement des étrangers sur ces îles françaises. “Dans tous les territoires d’outremer,
l’étranger est légalement dans une position plus vulnérable que s’il résidait sur le territoire hexagonal. Si la condition des étrangers en France est soutenue par des lois votées par le parlement français, le contenu de ces lois peut répondre à des demandes des élus de ces territoires, comme dans le cas de la Guadeloupe où les lois récemment passées confortent les attitudes et actions de rejet à l’égard des ressortissants haïtiens.” (page 181).

Le droit applicable en France concernant les étrangers n’est pas automatiquement appliqué dans ces territoires Outre Mer, en particulier en Guadeloupe. Ce traitement particulier n’est pas nouveau, il est directement issu des politiques coloniales conduites par l’administration française jusqu’en 1980. Le schéma est le même : si la France vote des lois en faveur des droits des étrangers, aussitôt le droit en outremer stipule des restrictions. “La circulation entre les DROM, les COM et l’hexagone pour les étrangers renvoie à une conception clivée du territoire français du fait que les autorisations de circulation vers le territoire métropolitain ou ultramarin varient en fonction de la nationalité du demandeur et du territoire visité (Rodier 1999 ; Duflo 2007 ; GISTI 2007).” (page 184). En suivant la pensée de Paul Ricoeur, Catherine Benoît prend en considération de manière distincte l’étranger visiteur, l’étranger immigré et l’étranger réfugié. Dans les trois cas, elle observe des différences flagrantes de traitement qui aboutissent à un rejet de l’étranger.

Après une analyse portant sur les questions de droit uniquement , qui met en lumière le traitement inhospitalier des îles concernant le peuple haïtien, l’auteure conclut que : “L’étranger déshumanisé est celui reconduit à la frontière. S’il n’existe pas d’hospitalité à l’égard des étrangers qui souhaitent venir sur le territoire français, il n’y a pas non plus d’humanité dans les reconduites. Les personnes arrêtées sont éloignées sans avoir eu le temps de se changer, de rassembler leurs effets personnels, sauf lorsque le consul, s’il est averti d’une arrestation, fait une demande d’un jour franc, ce que certains ne font plus car, disent-ils, ils passeraient leurs journées à établir ces demandes. Les reconduites à la frontière se font sans tenir compte des conventions internationales que la France a signées.” (page 188)

Beaucoup de questions surgissent : les frontières et leur renforcement, le concept de nation, le concept de citoyen. Ce sujet est trop important pour qu’on l’esquive. Catherine Benoît de citer Paul Ricoeur, dans La condition d’étranger, un texte court dans lequel “il propose une « distinction de base » historique entre les « membres » de la nation et les « étrangers », comme socle essentiel de la nation. La figure de l’étranger, selon Ricoeur, se décline en
quatre figures : celle du visiteur, de l’immigré, du réfugié et du « suppliant » ; ce dernier étant, au nom du droit d’ingérence pour raison humanitaire, celui des pays tiers auquel les États nations prêtent attention à condition qu’il reste chez lui.”

Ce chapitre 9 est à télécharger en format PDF, pour le prix de 2€ dans le monde entier.