Uberisation dans la commercialisation des ebooks académiques : artelittera.com y participe

L'offre artelittera vue à travers le phénomène de l'uberisation

L’offre artelittera vue à travers le phénomène de l’uberisation

L’uberisation dans un monde inconnu et dont on parle peu ou pas : il s’agit de la gestion des contenus intellectuels délivrés par les revues de recherches académiques englobant toutes les disciplines (littéraires, scientifiques et autres). Si vous êtes chercheur ou étudiant, et si vous assez par le réseau documentaire de votre université, vous ignorez les enjeux financiers auxquels les bibliothèques universitaires sont confrontées. En mars 2014, une enquête réalisée par l’ADBU (Association des Directeurs de Bibliothèques Universitaires) révèle : « Face aux difficultés budgétaires et à la hausse des coûts de la documentation à destination des laboratoires, le choix des universités françaises a clairement été de maintenir, quel qu’en soit le coût, les abonnements aux ressources de niveau recherche, au détriment des étudiants, de leur réussite, et de l’égalité des chances. » L’année suivante en 2015, les mêmes observations sont exprimées par les responsables des bibliothèques universitaires et centre de documentation, à savoir que chaque entité constate un « Recul historique des dépenses documentaires des BU en 2015 : la réussite étudiante compromise, la recherche menacée ». Un exemple, en 2016,  la bibliothèque des Céseaux de la Bibliothèque universitaire de Clermont-Ferrand publie cette remarque : « En janvier 2016, [la bibliothèque des Céseaux] s’est vue dotée d’un budget initial de 55 000€ pour l’achat de documents imprimés et de 33 000€ pour les abonnements aux revues, soit un budget de 9€ par étudiant. Il est à noter que les budgets sont en baisse par rapport aux années précédentes. »

Face à ces remarques, il faut chercher ailleurs des réponses. Un site américain comme JSTOR dispose d’une importante bibliothèque d’articles en français de certaines revues françaises (par exemple la revue Esprit). Un article de 1932 est à télécharger pour 19,50 dollar.  Sur le site du groupe Elsevier – Science Direct, les articles de revues scientifiques peuvent être téléchargés au prix de 31,50 dollar. Il faut savoir que le groupe  Elsevier ScienceDirect propose un catalogue de 14 million publications dont environ 3,800 revues et plus de 35,000 livres publiés sous le label Elsevier, et autres sociétés partenaires.

Selon un document d’information publié par la direction de l’information du CNRS en date de mars 2015 : « Reed Elsevier, dernier grand groupe coté impliqué dans l’IST à publier ses résultats 2014, les a présentés le 26 février. Avec 2 540 M. € de revenus sur 2014, en croissance organique de 2%, Elsevier reste un solide N°1 mondial. Il faut cependant tenir compte du fait que le chiffre d’affaires d’Elsevier se partage en deux pôles pesant le même poids : Elsevier Science & Technology, qui regroupe toute les activités d’édition de recherche (revues et ouvrages), y compris l’édition de recherche biomédicale, et le pôle Elsevier Health qui regroupe des activités d’édition et d’information médicale pour les praticiens ou les étudiants. Dans l’édition de recherche proprement dite Elsevier Science & Technology réalise environ 1 300 M. € de revenus, ce qui le place encore nettement devant le futur groupe Springer/Macmillan Science & Education/Nature Publishing Group qui générera environ 972 M. € de revenus dans l’IST. Wiley (941,5 M. €) Thomson reuters (896,5 M. €) et Wolters Kluwer (816 M. €) et Informa (Taylor & Francis) (560 M. €), quatre sociétés cotées, occupent les autres places du « Top 6». La publication dans les deux dernières semaines des résultats 2014 de ces sociétés permet de noter une progression modérée mais régulière (les taux de croissance organique s’étagent de 2 à 5%) du marché de l’édition de recherche, un marché pourtant mature. Avec des taux de marge opérationnelle pour 5 de ces opérateurs supérieurs à 32%, l’édition scientifique confirme son exceptionnelle profitabilité pour les grands éditeurs « for-profit ». On ne retrouve nullement ce niveau de rentabilité chez les plus petits éditeurs et les sociétés savantes, pour lesquels le taux de marge opérationnelle dépasse rarement les 15%. « .

D’où ce constat selon lequel il y a un clivage de plus en plus marquant avec ces grands groupes internationaux et les acteurs professionnels de taille plus réduite, voire très réduite.  D’où les orientations nouvelles qui viennent modifier les comportements des acteurs sur ces marchés, en particulier les formules de mise en ligne de documents numérisés, les mises en accès gratuit, qui paraissent séduisantes au premier abord mais qui convoquent des réflexions : si l’on prend en considération le fait que nos instruments de réflexion ont fortement évolué en 30 ans (et plus !), le fait que les niveaux de l’instruction et donc celui des acquisitions des connaissances ont bondi dans tous les pays du monde, il faut aussi admettre que des ouvrages datant des années 1950 traitant par exemple de la littérature du XIXe siècle sont quasiment obsolètes. Dans le même temps, tous les étudiants en masters et doctorats sont mis en garde sur le fait qu’il faut éviter d’avoir dans sa bibliographie des références documentaires antérieures à ces 10 ou 15 dernières années. Donc il faut prendre avec prudence tous ces contenus en libre accès, et bien estimer, autant que faire se peut, la validité du raisonnement scientifique proposé dans de tels ouvrages ayant vieilli.

Autre point : la multiplicité des offres. « Peut-il exister une place pour un portail d’accès à côté de Google ? Ce dernier reste dans bien des cas la première porte d’entrée mais, pour être repéré ensuite comme portail plus spécifique, il faut être bien placé dans la première page de Google. Ce contexte concurrentiel est aussi très stimulant et ces dix dernières années ont vu se développer de très nombreuses initiatives de portails : portails de bibliothèques locales et nationales (SCD, Sudoc, Gallica 2), passerelles disciplinaires (portails du CNRS, Pubmed, Cismef), sites d’éditeurs et d’agrégateurs défendent leur place. L’intérêt est souvent de développer une masse critique par des jeux d’alliances ou de partenariats assurant une plus grande audience, une plus grande visibilité. » (Voir )

Compte tenu de cette massification des flux financiers qui concerne la diffusion numérique des contenus académiques, une voie est ouverte sur  ce phénomène « d’uberisation », qui va consister à démocratiser les accès aux contenus intellectuels de manière démocratique. Il faut permettre aux étudiants, les plus démunis et les plus éloignés des pôles universitaires, d’accéder aux savoirs avec les mêmes chances. C’est sur ce créneau éthique qu’Artelittera engage les éditeurs à mettre en ligne leurs ouvrages pour mettre en place une nouvelle politique de mise en ligne des contenus académiques numérisés et à terme défaire les profits insensés.

Ebook : Penser avec Edgar Morin : Lire La Méthode, de Robin Fortin

Penser avec Edgar Morin, lire la Méthode.

Penser avec Edgar Morin, lire la Méthode.

Diplômé de l’Université Laval et titulaire d’un doctorat en philosophie, Robin Fortin est l’un des grands spécialistes de la pensée d’Edgar Morin. Dans l’Introduction de cet ouvrage, c’est en ces mots qu’il explique le sens de la publication : « Dans cet ouvrage, j’ai voulu retracer les grands moments de l’histoire personnelle et intellectuelle qui ont fait d’Edgar Morin un des grands penseurs de notre temps, et l’auteur d’une oeuvre majeure à la convergence des savoirs, oeuvre colossale et désormais incontournable pour penser notre temps et les problèmes de notre temps. J’ai voulu mettre en son centre ce qui constitue à mes yeux « une oeuvre dans une oeuvre », son grand-oeuvre, La Méthode, qui unit les différentes parties et donne à la pensée d’Edgar Morin une extraordinaire cohérence, malgré les nombreux fils épars, et malgré l’apparente dispersion. » (page 1).

Artelittera.com propose 12 fichiers à télécharger dont la bibliographie, le lexique et l’index à télécharger gratuitement. Concernant la Méthode, Robin Fortin écrit dans le chapitre 2 : « La Méthode est un réquisitoire non pas contre la science (là-dessus combien il y a de malentendus et d’incompréhensions !), mais pour la science, pour une science ouverte, non réductrice, réflexive et autocritique. Pour comprendre l’enjeu et toute la portée de La Méthode, il faut resituer le travail de Morin dans une perspective large. La première partie du tome 1 annonce déjà les ambitions et la visée de l’ouvrage. Ce qui s’auto-construit dans les premières pages de La Méthode ne peut se faire qu’en rupture avec une science incertaine, incapable d’accomplir sa propre métamorphose, passage difficile qui doit conduire à une nouvelle mutation de la science : « Ce qui va m’intéresser, ce n’est pas le “roman” de l’Univers […] : ce sont les choix conceptuels, théoriques, voire logiques et paradigmatiques qui, après
l’effondrement de notre ancien monde, vont permettre d’en concevoir un nouveau. » « L’acquis véritable du nouvel univers est là : ce n’est pas un univers hubbléen, c’est l’univers que rend possible la rupture hubbléenne. Ce n’est pas une vision d’astronome amateur, c’est une conception de principe.
L’acquis véritable, ici, c’est la nécessité du principe de complexité. » La nouvelle vision de l’ordre et du désordre, à ce titre, a valeur paradigmatique. A valeur de modèle de pensée. Elle nous demande non seulement de repenser l’existence de l’ordre et du désordre, mais de repenser le rôle et l’intelligibilité de ces notions. » (page 32)

A propos d’un colloque de Cerisy organisé autour de la pensée d’Edgar Morin qui s’est tenu en juin
1986 à Cerisy-la-Salle, Robin Fortin rapporte des paroles d’Edgar Morin lui-même qu’il a prononcées à la fin de cette manifestation en rappelant « la mission qu’il s’était confiée, non pas Messie, mais annonciateur, annonciateur d’un espoir, d’une nouvelle naissance : « Je ne suis pas un Messie mais je voudrais être un annonciateur, je voudrais être, si vous voulez, le saint Jean-Baptiste, baptisant dans les eaux de la complexité, là où il y a tourbillons… Je voudrais métaphoriquement prendre chacun d’entre vous dans mes bras et vous plonger dans ces eaux, d’où vous renaîtrez complexifiés et non pas purifiés… […] Je crois sans croire à cette tâche annonciatrice. Je la crois possible, car je crois possible de sortir
de la “préhistoire de l’esprit humain” et de l’“âge de fer planétaire”. Non, je ne crois pas au Paradis, au Bonheur, mais je crois en une nouvelle naissance de l’humanité, je crois en un nouveau déploiement de l’être humain où tant de virtualités qui sont en nous n’arrivent pas à s’exprimer… […] On ne va
pas résoudre tous les problèmes humains ; on ne sortira pas du deuxième principe de la thermodynamique ; on ne sortira pas de cet univers où la dégradation et la mort sont toujours à l’oeuvre. Mais je crois, je crois en quelque chose de fragile, j’y crois de façon fragile, et je dirai même, je crois
au fragile ; je crois à la beauté éphémère ; le plus beau dans le fond, c’est ce qu’il y a de plus fragile et de plus éphémère, nous le savons tous, et c’est pourquoi j’y crois(…). » (Chapitre 3, page 200)

Cet ouvrage numérisé  rend compte si bien de l’intelligence pétillante d’Edgar Morin !

Ebook : L’état canadien et la diversité culturelle et religieuse 1800 -1914

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Cet ouvrage collectif publié en 2009 et  intitulé L’état canadien et la diversité culturelle et religieuse 1800 -1914, réalisé sous la direction de  : Lorraine Derocher, Claude Gélinas, Sébastien Lebel-Grenier et Pierre C. Noël (Presses de l’Université du Québec) présente une approche historique du fait religieux dans le cadre de la société multiculturelle canadienne. A bien des égards, la manière dont est traitée la question des religions au Canada fait figure d’exemple pour les pays occidentaux.

Les auteurs mettent l’accent sur le dispositif législatif qui permet de structurer un mode de comportement.  En effet, « le Canada s’est donné des outils constitutionnels et législatifs tels l’article 27 de la Loi constitutionnelle de 1982, qui stipule : « Toute interprétation de la présente charte doit concorder avec l’objectif de promouvoir le maintien et la valorisation du patrimoine multiculturel des Canadiens », et la Loi sur le multiculturalisme canadien de 1988 qui vient en quelque sorte en prescrire l’application (L.R. (1985), ch. 24 (4e suppl.)). Dans le même ordre d’idées, dans le sillon de l’interprétation judiciaire du droit à l’égalité (Commission ontarienne des droits de la personne c. Simpsons-Sears, [1985] 2 R.C.S. 536, 23 D.L.R. (4e) ; Commission scolaire de Chambly c. Bergevin, [1994] 2 R.C.S. 525, 115 D.L.R. (4e)), l’État canadien a retenu au cours des dernières décennies le concept juridique de l’accommodement raisonnable qui impose, dans une situation de discrimination, une obligation juridique d’aménager, à l’intérieur de limites raisonnables, une norme ou une pratique universelle en accordant une dérogation à une personne qui serait pénalisée par l’application indifférenciée de la norme ou par la pratique. Cette mesure est conçue comme faisant partie intégrante du
concept d’égalité et pouvant s’appliquer à l’ensemble des domaines d’activité visés par les lois relatives aux droits de la personne. Mais outre ces outils juridiques, l’instrument sans doute le plus efficace demeure le citoyen et l’éthos canadiens tels qu’ils se sont construits au cours des derniers siècles. » (Chapitre Avant-propos, p. VIII). A noter que ce principe « d’accommodement raisonnable » entre progressivement dans les normes légales européennes et françaises.

Certes sur le plan historique et culturel, une donnée est typiquement canadienne, celle qui implique de tenir compte de la présence des Indiens. Les Indiens ont eu à subir des traitements abigus : d’un côté les missionnaires européens ont tout fait durant le XIXe siècle pour anéantir leurs pratiques culturelles et religieuses. Mais de l’autre côté, l’Etat canadien a mis en place de bonne heure un dispositif législatif pour les protéger. En effet, la « Loi sur les Indiens votée par le gouvernement canadien en 1876 a longtemps été considérée par les spécialistes et la population en général, y compris les Autochtones, comme un instrument d’assimilation au service de l’État ; certains y ont même vu une arme génocidaire destinée à gommer la réalité autochtone du paysage social du pays. De même, différentes dispositions contenues dans le texte de loi initial, tout comme d’autres qui y ont été ajoutées au fil des ans, que ce soit l’élection des chefs de bande par scrutin, l’obligation pour les enfants autochtones de fréquenter l’école ou encore les différentes clauses d’émancipation, ont été interprétées comme autant de mesures destinées à détacher et éloigner les Autochtones de leur cadre de référence culturel « traditionnel » et d’en faire des individus raisonnables et responsables, des « citoyens » au sens de l’idéologie britannique
de l’époque. Il en allait de même pour les articles de la loi qui concernaient l’interdiction de certaines pratiques culturelles et religieuses. » (Chapitre 5, p. 95)

L’exemplarité canadienne réside dans le fait que très tôt, l’Etat a intégré dans l »exercice du pouvoir politique la dimension du multiculturalisme, ce qui n’existe pas dans les constitutions européennes, empêtrées dans une histoire séculaire qui retient principalement les notions d’un seul peuple et d’une seule religion.  Jean-Philippe Garneau, Professeur au Département d’histoire de l’Université du Québec à Montréal, observe que les apports français sont de deux ordres, la religion catholique et le droit. Dans le cadre de sa contribution à l’ouvrage, il souligne que  » l’initiative des élites coloniales et la pratique
institutionnelle ont eu un rôle déterminant dans l’établissement d’un modus vivendi entre les communautés culturelles. Le cas du statut de la langue illustre que la gestion de la différence s’est faite à travers la lutte que se livrent les élites de la majorité canadienne et de la minorité britannique.
Il donne aussi à penser que des accommodements réciproques sont nés au fil des aménagements dans l’enceinte législative, mais surtout dans l’arène judiciaire. » (Chapitre 2, p. 24-25)

En ce sens, le modèle français offre des avantages et des limites. Samit Saul apporte une large contribution sur ce point  : « Ceux-là sont conviés à demeurer dans la sphère privée, l’espace public appartenant à ce qui est commun à la nation. Elle associe les découpages
catégoriels et le différentialisme à l’arbitraire, à la déconstruction du lien social et à la mise au rancart des principes, par définition universels. Pluriethnique, elle n’en fait pas une donnée permanente ou significative. Elle se comprend comme fusionniste, intégrationniste et assimilationniste, nullement comme une mosaïque ou une juxtaposition de communautés. Elle accueille la diversité pour les individus, mais elle n’accepte pas que des groupes s’en réclament. La nation et son unité
ont pour corollaire une culture nationale. » (Chapitre  8   p. 178)

Cet ouvrage est d’une grande actualité. On peut le retrouver sur artelittera.com et peut être télécharger sous format chapitre (10 chapitres), ce qui permet à l’utilisateur de choisir celui qui concerne ses intérêts.

 

L’adolescence hyper moderne. Le nouveau rapport au temps des jeunes, de Jocelyn Lachance

L'adolescence hypermoderne

L’adolescence hypermoderne

Cet ouvrage est introduit par une préface de David Le Breton Professeur de sociologie à l’Université de Strasbourg Membre de l’Institut universitaire de France.  « La jeunesse n’existe pas », écrit-il, avant de préciser : » La notion de jeunesse est culturelle, elle se décline selon maintes définitions d’une société ou d’une époque à l’autre. Elle est une catégorie socialement construite. L’adolescence dépend de la manière dont un collectif perçoit le jeune lors de sa maturation sexuelle et de son entrée progressive dans les responsabilités inhérentes aux adultes de son groupe. Seuls existent des jeunes à travers la singularité de leur histoire à l’intérieur d’une condition sociale et culturelle, un sexe, et une constellation affective. L’approche originale de Jocelyn Lachance prend acte de celle qui participe à plein régime aux tendances et aux rythmes de nos sociétés hypermodernes, une jeunesse qui existe dans la pluralité temporelle propre à la liquidité assumée des liens sociaux. Ce sont des jeunes acteurs de leur existence, bricoleurs des circonstances afin de conjuguer les possibilités de tout instant, d’intensifier les possibilités. Leur temporalité est élastique, elle se dilate ou s’accélère selon la qualité des événements. »

Le regard sociologique proposé dans cet ouvrage paru en 2011 mérite une attention particulière par ce que le constat, point de départ de cette analyse, c’est de présenter les adolescents à travers la contrainte temporelle. Durant cette période délimitée, comme un temps de transition entre l’enfance et le monde adulte, déjà perçu comme tel par les sociétés de l’antiquité pour ne parler que des plus récentes, les adolescents s’organisent à travers des rituels. « Les rites jouent ici un rôle fondamental dans la transmission de cette représentation singulière du temps. À travers ces derniers, les participants vivent et revivent symboliquement des mises en scène de l’origine créatrice ou événements héroïques. Ces rites ouvrent donc aux membres de la communauté un accès au temps mythique et ces ouvertures se répètent régulièrement sur les cycles des semaines, des mois et des années. Pour certains anthropologues, les rites expliquent d’ailleurs l’élaboration des calendriers liés de près aux rythmes des lunaisons et des saisons. En fait, «pour la religion et la magie, le calendrier n’a pas pour objet de mesurer, mais de rythmer le temps» (Mauss, Hubert, 1929: 9). En d’autres termes, ces rites participent à l’organisation du temps et ils entraînent la conceptualisation de supports pour se remémorer et marquer le retour cyclique des événements. Épousant d’abord les rythmes des lunaisons et des saisons, ces rituels s’affranchissent avec le temps des rythmes naturels observés par les hommes (Elias, 1995) qui commencent ainsi à rythmer le temps pour mieux le maîtriser. » (Chapitre 1, page 8)

La culture des adolescents croise des normes empruntées au monde des adultes, mais avec une appropriation différente. « Les adolescents organisent généralement leurs temps libres à la dernière minute. Plusieurs préfèrent la précipitation au dernier instant à l’engagement sur le moyen terme: «On ne s’organise pas vraiment. Il m’appelle tout d’un coup et on décide si on bouge ou non.» (Charles, 15 ans) Les «peut-être», les « on verra » et les «plus tard» foisonnent dans leurs discours et le conditionnel est devenu leur temps de verbe préféré. La prochaine soirée et la prochaine fin de semaine font souvent l’objet de plans hypothétiques qu’ils modifient au besoin. La confirmation de leur participation à une activité est donc toujours à venir et nombre d’entre eux reconnaissent se laisser le choix de se désengager à tout moment. Cette culture de la «dernière minute» se renforce avec le temps, car pour se protéger de l’imprévisibilité et de l’instabilité des autres, il est préférable de lancer soi-même une idée de sortie quelques heures avant sa réalisation au lieu de la planifier » (Chapitre 4, p.68)

Tous ces éléments sont à retrouver sur le site Artelittera, à la rubrique Psychologie.

Ebooks Sciences politiques, une discipline représentée sur Artelittera

Artelittera_Construire le politique - Presses de l'Université Laval

Artelittera_Construire le politique – Presses de l’Université Laval

La démocratie est vivante ! observent les commentateurs politiques, en France en cette fin de l’année 2016.  Aux Etats-Unis, après la dernière élection présidentielle (novembre 2016) les démocrates s’insurgent contre un système électoral que l’on croyait démocratique tant qu’il pouvait satisfaire les gouvernements précédents, et qui soudain fait réagir. Soudain la démocratie exemplaire du système américain est mis en doute : le peuple ne serait pas entendu ! Il est clair que si les résultats avaient été favorables à Mme Clinton, personne n’aurait remis en cause ce système. Or Bernie Sanders, candidat malheureux, expulsé de la scène politique en mai 2016, le dénonçait avec vigueur et justesse. La démocratie est au cœur de tous les débats, y compris dans les Etats politiques de type dictatorial. Sur la plate-forme Artelittera, les Sciences politiques sont largement représentées par des publications académiques éditées au cours de ces 10 dernières années. Cette catégorie offre des perspectives aux étudiants et aux enseignants d’enrichir leurs recherches documentaires. Il ne peut y avoir de démocratie que dans le débat et la confrontation des points de vue.  Ce seul sujet consacré à la Démocratie réunit 32 articles dans un ouvrage collectif, proposé par les Editions Sciences-Humaines, La Démocratie.

Le discours politique s’appuie sur les références historiques. La discipline Histoire, sur la plate-forme Artelittera, accueille par exemple cette publication sur les Historiens de l’Antiquité, ayant fait l’objet d’un numéro spécial de la revue Europe. Ce document met en relief les confrontations entre tyrannie et démocratie. Compte tenu des diverses contributions que présente ce numéro de la revue Europe consacré aux Historiens de l’Antiquité, diverses réflexions s’entrecroisent, et notamment celle qui loin d’apparaître comme désuète, interroge l’Histoire grecque et romaine à travers le phénomène de la répétition des faits historiques : « La théorie classique du « cycle » est omniprésente chez les Grecs, dans pratiquement toutes les sortes de productions intellectuelles : d’Hérodote à Polybe, en passant par Thucydide, Platon, ou Aristote. Mais la poésie elle aussi, épique et tragique notamment, en est fortement imprégnée. La catharsis tragique n’est-elle pas fondée sur un présupposé analogique, qui est le corollaire obligé de la « répétition » ? (chapitre 16).

Le discours politique met en forme les valeurs morales, que nous appelons aujourd’hui l’Ethique. Les historiens sont encore là pour nous rappeler en quoi les textes de recherches historiques peuvent nous aider à démêler le vrai du faux en questionnant le sens à accorder aux deux concepts de cette articulation antinomique. Là encore l’entretien de Vidal Naquet (Chapitre 17) publié par la revue Europe dans le numéro les Historiens de l’Antiquité, offre un argument à la réflexion : «Autrement dit, la conception de
l’histoire dans la Bible est marquée par l’idée d’ambiguïté : ce n’est pas l’opposition du vrai et du faux qui la régit, mais un mélange du bien et de mal, avec d’un côté le péché (l’homme est un pécheur par
essence) et de l’autre la possibilité du salut.»

A la question posée à Pierre Manent dans l’ouvrage collectif La Démocratie (Chapitre 7) : « En quoi la démocratie des Modernes diffère-t-elle de celle des Anciens ? », L’auteur répond ceci : Deux grandes différences peuvent être mentionnées : la première tient à la taille, aux dimensions des pays, un facteur
qui a toujours son importance en politique. La seconde différence réside dans le dispositif politique, la démocratie des Modernes étant fondée sur le principe de la représentation. Ainsi, les pays démocratiques modernes sont-ils bien plus étendus et peuplés que les démocraties anciennes, et il ne s’agit plus de démocraties directes mais de régimes représentatifs. À ce stade, la réponse apparaît simple. En fait, une foule de questions naissent de cette réponse. Pour caractériser l’expérience ancienne, il vaudrait mieux
parler de « république » plutôt que de « démocratie ». L’expérience de l’Europe débute en effet avec des républiques, dont certaines ont été démocratiques, comme Athènes. Ces républiques constituaient une forme politique et sociale très contraignante : elles devaient être peu peuplées et avoir un petit territoire. Or, dans l’histoire de l’Europe, cette forme politique de la république, de la cité, s’est révélée en quelque sorte incapable de s’imposer. Les Européens ont vécu de plus en plus dans des corps politiques
plus étendus que les petites républiques, sans trop savoir que faire de cette référence républicaine pourtant très prestigieuse, mais qui n’apparaissait plus réellement pertinente dans le contexte de l’Europe moderne. Entre le XVIe et le XVIIe siècle, les régimes monarchiques permettent certes d’administrer de grands États, mais ces monarchies ignorent évidemment la liberté politique. (…) » (pages 65 et suivantes).

Finalement en croisant les disciplines Sciences Politiques et Histoire, les étudiants, les chercheurs, les enseignants, les érudits vont découvrir des documents permettant de creuser des problématiques soulevées aujourd’hui par l’actualité politique française, européenne et internationale.

Néanmoins, les constats se superposent lorsqu’ici et là, les chercheurs observent le sentiment de méfiance qui se répand chez les électeurs des démocraties. L’ouvrage collectif  intitulé La dynamique confiance/méfiance dans les démocraties multinationales. Le Canada sous l’angle comparatif Sous la direction de Dimitrios Karmis et François Rocher, publié en 2012 par les éditions des presses de l’université Laval, propose plusieurs axes de réflexions pour appréhender objectivement ce phénomène de la méfiance.