Les Presses universitaires de Laval, en ligne sur Artelittera

Le dynamisme de la recherche académique, toutes disciplines confondues, passe par la publication de l’écrit sous format livre papier, livre numérique, article de revue, en ligne ou pas, enfin sous format chapitre. Désormais, les chercheurs ont bien compris l’intérêt à choisir le “multi-canal” même si certains éditeurs résistent encore à cette façon de valoriser des publications. Depuis le démarrage de la plateforme artelittera.com, les éditeurs canadiens ont manifesté un accueil favorable au marché que nous proposons.

Les éditions des Presses universitaires de Laval proposent un catalogue de plus de 2500 titres, livres papiers et numériques, jouent la carte de la diversification des canaux de commercialisation. Désormais, Artelittera, devenu depuis le début de l’année 2019 partenaire de la société canadienne De Marque, leader international de la distribution de contenus culturels numériques, principalement de livres numériques, met en ligne une grande partie du catalogue de l’éditeur Presses universitaires de Laval, réparti entre une quarantaine de disciplines scientifiques.

Télécharger des chapitres de ebooks universitaires sans abonnement

L’aventure d’Artelittera, débutée en 2010 et officialisée en 2013, confirme le projet de départ. Dans le monde entier, les étudiants, les chercheurs et les enseignants sont adeptes du téléchargement de textes courts au format PDF. Lorsqu’on étudie un sujet, on doit forcément prendre connaissance d’un grand nombre d’informations. Certes, nous ne pouvons pas tout savoir, loin de là, mais il est vrai que dans la sphère universitaire, l’exigence est devenue si élevée, que le chercheur passe son temps à collecter des objets documentaires.

Je discutais récemment avec un chercheur français, qui me confiait passer beaucoup de temps chaque jour à lire des articles en PDF sur son ordinateur ou portable ; il en imprime quelques-uns mais finalement de plus en plus rarement ; en revanche, lire un ebook en téléchargement, c’est une action qu’il ne fait pas. “j’aime lire le livre en papier”. Je partage ! Ce qui fait consensus désormais c’est qu’il n’y a aucun processus de dévalorisation de l’écrit dans le phénomène de téléchargement de ebooks, encore moins celui de chapitres de livres numérisés à vocation académique. En quelques années à peine, l’effroi du téléchargement des textes écrits et publiés a disparu.

le problème le plus difficile à résoudre pour une plateforme comme Artelittera est d’ordre économique. Actuellement le prix d’un téléchargement sur la plateforme Artelittera est de 4 € TTC. Notre réflexion a pris le temps de mûrir au cours de ces trois dernières années pour savoir si nous devions mettre en place la formule de l’abonnement ou pas. Finalement, la décision a été prise de renoncer à la formule abonnement pour nos clients. Quand on cherche des documents, on multiplie les requêtes sur les moteurs de recherche pour enfin parvenir à dénicher un document qui correspond exactement au sujet ou qui s’en approche. Mais mieux encore, en formulant différentes requêtes, soudain on découvre un document qui offre une nouvelle piste de réflexion. C’est le bonheur du chercheur ! Or nous sommes tous devenus des chercheurs, même sans étudier ou enseigner, mais en étant avides de connaissances.

Sur Artelittera, la formule Abonnements n’existe pas. En revanche, le nouveau modèle économique qui se met en place depuis septembre 2019, c’est le système de la remise : plus vous commandez de chapitres à télécharger, plus les prix baissent. Le système de la remise est bien connu de tout commerçant dans sa boutique. Il offre un avantage pour le client, celui de sa liberté dans l’acte d’achat. Si vous n’avez pas envie de commander 5 chapitres différents dans un même panier pour bénéficier d’une remise de 20%, libre à vous. Rien ne presse. Téléchargez un premier chapitre et découvrez tous les intérêts dont vous bénéficiez. C’est déjà bien.

Je vais souvent voir ce que proposent les autres plateformes en France et ailleurs dans le monde ; je remarque que dans le secteur académique privé, il y a des formules multiples mais toutes plus ou moins chères. Dans certains cas, c’est si cher que l’on renonce. Mais la recherche documentaire satisfait autant les chercheurs que tant d’autres curieux ou érudits ou professionnel en quête de savoir. Tout chercheur veut trouver, mais une fois l’objet documentaire déniché encore faut-il pouvoir le télécharger à un prix raisonnable. Cela veut dire quoi “raisonnable” ? ce qui est raisonnable pour un Français ne l’est pas pour un Chilien, un Sénégalais ou un Egyptien… L’objet documentaire a un prix mais lequel ? C’est un peu comme dans l’immobilier. Les propriétaires surestiment toujours leurs biens. Un prix raisonnable : le chapitre à 4 €.

Habiter le monde – Martinique 1946-2006, de Marie-Hélène Léotin



Chapitre 12 : “Les partis politiques : entre assimilation et réformisme”

Marie-Hélène Léotin est journaliste et enseignante d’histoire-géographie au lycée Franz Fanon de Trinité, une commune française située en Martinique. Elle a été membre de l’AGEM, l’Association Générale des Etudiants Martiniquais, en France. Elle est aujourd’hui journaliste et militante pour le CNCP – Conseil National des Comités Populaires –, un parti d’extrême-gauche qui lutte pour l’indépendance de la Martinique. Elle publie, en 2008, aux éditions Ibis Rouge, l’ouvrage Habiter le monde – Martinique 1946-2006.

Le chapitre 12, “Les partis politiques : entre assimilation et réformisme”, présente le désir d’une assimilation positive par la Fédération Martinique du Parti communiste français. Les populations colonisées revendiquent en effet, par le biais de l’assimilation, une prise d’indépendance par rapport à la métropole qui les tenait sous son joug, tout en conservant les mêmes droits que les citoyens français. Leur volonté : devenir un département français à part entière. Pour ce faire, ils mettent en avant le principe d’assimilation, qu’ils justifient en huit points, aux pages 34-35, des « conditions pour la mise en place d’une démocratie » à la « lutte pour l’égalité des droits ». Cela montre une évolution positive qui laisse un espoir quant à l’indépendance de la Martinique dans les années 1970.

Marie-Hélène Léotin mêle « assimilationnisme et paternalisme » (cit.p.35), puisqu’elle accueille favorablement diverses personnalités Françaises, en particulier Victor Shoelcher, homme politique français qui a fait abolir l’esclavage au XIXe siècle. L’assimilationnisme, propre au Parti communiste, offre selon elle une égalité des droits entre le Parti et la colonie.

A la page 36, elle fait preuve d’une grande lucidité en remontant soixante ans en arrière pour présenter deux aspects du Parti : sa volonté d’accorder des libertés au peuple, qui côtoie le désir d’infantiliser ce même peuple. Elle montre le basculement opéré en 1946 suite à la mise en avant du Parti communiste grâce à des cérémonies en l’honneur de la naissance de Victor Shoelcher, tout en rappelant les tentatives de révolte, dès 1789, par des Noirs, contre la décision d’une assimilation totale.

Les pages 55 et 56 témoignent enfin d’un tournant marqué par l’apparition des fondateurs de la créolité : Marie-Hélène Léotin rapporte ainsi une analyse de l’assimilation faite par cette créolité, qui met en évidence sa prise de conscience quant à la confusion entre « liberté » et « assimilation », puis entre « liberté » et « francisation » (cit.p.36). Cette confusion serait liée au passage de la Martinique d’une société rurale à une société urbaine suite aux colonies françaises.

Vous pouvez lire cet article, ainsi que tous les autres chapitres de l’œuvre sur https://www.artelittera.com/fr/615-habiter-le-monde-martinique-1946-2006-de-marie-helene-leotin au prix de 4 €.

Pénélope Giordano

Vincent Placoly : un écrivain de la décolonisation, sous la direction de Jean-Jacques Chali et Axel Artheron



“L’auteur au miroir de l’œuvre : une poétique de décentrement”, de André Claverie

Jean-Jacques Chali est Maître de Conférences en Littérature Comparée ; Axel Artheron, docteur en études théâtrales. Ils dirigent en 2014, un ouvrage intitulé Vincent Placoly : un écrivain de la décolonisation. Vincent Placoly, écrivain martiniquais, a eu pour professeur de philosophie René Ménil, compagnon d’armes d’Aimé Césaire. Il a consacré sa vie à ses trois passions : l’écriture, le militantisme et l’enseignement.

Le chapitre 3,” L’auteur au miroir de l’œuvre : une poétique de décentrement”, écrit par André Claverie, aborde le thème du centre, que l’auteur étudie à travers le roman Frères Volcans de Vincent Placoly.

Si le centre des pays colonisés était autrefois l’Europe, André Claverie explique, dans la première partie de l’article, que leurs peuples chercheraient à présent un centre qui leur serait propre. Les chercheurs, historiens et étudiants intéressés par l’histoire de l’Afrique trouveront satisfaction dans ce texte. Grâce à l’analyse de Frères Volcans, Claverie étudie le rapport entre Histoire et écriture : il explique ainsi, à la page 54, que les écrivains tendent à supplanter les historiens en mêlant, au sein même de leurs récits, Histoire et intimité, pour décrire au mieux l’évolution de l’Afrique et en donner une interprétation plus étoffée.

Ce pouvoir progressif des romanciers sur les historiens mène à une double volonté de la part des peuples anciennement colonisés : affirmer leur autonomie et se différencier de leur ancienne métropole. Claverie explique, avec justesse et précision, comment Vincent Placoly illustre, dans son roman, la prise d’écart par rapport aux formes dominantes : l’œuvre serait en effet « une suite de ruptures, de détours et de périphrases » qui éloignerait la culture antillaise de « ses marges historico-culturelles » (cit.p.53).

Prise d’écart, également, par rapport à l’Histoire. Frères Volcans offre en effet, d’après André Claverie, une nouvelle vision des événements de 1848, en décentrant la période de l’abolition de l’esclavage. Il écarte en effet de son œuvre nombre d’événements historiques, en particulier « l’arrivée du décret du 27 avril » qui apporte l’abolition de l’esclavage en France. « Refoulement de l’histoire » « par les colons » ? « Vue surplombante affranchie de l’événementiel » ? (cit.p.54-55) Grâce à ces deux hypothèses, l’auteur offre au lecteur la liberté de décider. L’Histoire, au sens historique du terme, laisserait ainsi la place à l’histoire, au sens narratif. Cette hypothèse est confirmée à la page 55, lorsque Claverie rapproche travail d’historien et travail d’écrivain. Il clarifie ses propos grâce à une analogie : la démarche historique, consistant à façonner le passé et l’avenir des Antilles, est comparée à l’importante inventivité du romancier.

Cette créativité littéraire mène à un décentrement de la parole dans Frères Volcans. Là où le lecteur s’attend au point de vue d’un Afro-Antillais qui cherche l’affranchissement, il trouvera celui d’un Blanc créole, d’un « colon déconnecté de l’histoire » (cit.p.56). Décentrement de la parole, qui entraîne nécessairement celui de l’identité. Le personnage est flou, « non-acteur » (cit.p.56), uniquement symbolisé par une « voix-off », signe d’un flou identitaire, « d’une perte de maîtrise ». Ce flou, cette dématérialisation le place, paradoxalement, au centre de l’Histoire : il devient une voix collective, un porte-parole pour tous les autres peuples.

C’est précisément ce paradoxe qui fait le génie de Vincent Placoly. Comme l’analyse finement Claverie, l’identité devient, dans Frères Volcans, une ouverture à autrui, aux autres peuples, aux autres cultures et individus, ainsi qu’aux différences. Toutefois, l’ouverture est double : s’il s’agit avant tout d’une ouverture aux autres, Claverie ne manque pas de rappeler le questionnement qu’opère le colonisateur de Placoly envers lui-même. Il se montrerait ainsi sévère envers sa propre attitude, allant jusqu’à se fondre dans la communauté noire. Ce constat ravira les lecteurs avides d’explications quant au comportement du colon qui semble ici se décentrer de lui-même pour s’ouvrir à l’autre.

Vous pouvez lire cet article et tous les autres chapitres d’André Claverie sur le site d’Artelittera, au prix de 4 €

Pénélope Giordano

Grande Guerre et colonie : Le cas guyanais, de Oddon Abbal



 

Odon Abbal est docteur en Histoire et membre du Centre d’Histoire militaire de Montpellier. Il a publié de nombreux articles sur la Grande Guerre dans diverses revues. En 2014, il fait paraître le livre Grande Guerre et colonie : Le cas guyanais aux éditions Ibis Rouge. Le chapitre étudié décrit les conséquences de la Première Guerre mondiale sur la Guyane et sa colonie.

Odon Abbal, dans le chapitre 2 intitulé “Les Premiers effets du conflit” renseigne le lecteur sur les conséquences économiques de la Première Guerre mondiale constatées en Guyane. Il analyse les attitudes de la population guyanaise et celles de ses dirigeants, affichées depuis le début du conflit jusqu’en 1915, tout en réduisant son champ d’investigation à une année. Cette approche lui permet de réaliser une observation minutieuse et quotidienne de l’évolution des deux comportements précédemment cités.

Il souligne une évolution très progressive de l’implication de la région dans le conflit : elle était passive, mais devient active contre son gré. D’abord « lointaine spectatrice » (cit.p.25), elle voit son quotidien bouleversé par « l’effort de guerre » « qui perturbe les circuits de distribution habituels » (ibid).

Il montre les conséquences de la rupture des liaisons entre la métropole et les commerçants Guyanais, en soulignant la pénurie des produits de première nécessité qui s’ensuit. Il met l’accent sur l’augmentation des prix entraînée par la rareté des produits, qui « augmente les difficultés du quotidien » (cit.p.27). Les recettes liées à la colonie restent à quai, d’où l’aggravation de la crise financière. Suite au ralentissement des échanges, « la banque de Guyane a immédiatement accordé des avances aux producteurs au taux de 6 % » (ibid). Abbal explique que « l’élan patriotique qui a gagné tout le monde » (ibid) a encouragé la banque à aider la population.

Autre conséquence mise en lumière par l’auteur : l’isolement de la colonie. En effet, celle-ci n’est plus reliée « mensuellement à la métropole que par la compagnie générale transatlantique, par Saint-Nazaire et Bordeaux » (cit.p.28). Odon Abbal rapporte qu’en « 1915 », « la pénurie des ressources consommables s’est rajoutée à la pénurie des revenus » (cit.p.29). Il fait le lien entre les deux éléments, ce qui intéressera les historiens spécialisés sur la Guyane.

Il insiste enfin, dans la dernière partie de l’article, sur l’étrange enthousiasme qui a gagné les habitants à l’annonce de l’entrée en guerre du pays. « Le moral est bon », « la guerre actuelle a produit une bonne impression », « les habitants de la commune se réjouissent des premiers succès français » (cit.p.34). Il explique cet engouement par « des sentiments patriotiques » (ibid) qui encouragent la population à participer aux combats. Ces sentiments se heurtent toutefois à de graves difficultés financières caractérisées par une soudaine hausse des prix dans les commerces : il présente un tableau des différents produits alimentaires et d’usage quotidien qui met en évidence des augmentations allant de 9 à 37,5 %. Autre difficulté rencontrée : l’insécurité causée par « la menace de la population pénale » (cit.p.36). Les bagnards sont en effet soumis à des « chefs d’inculpation » « multiples » (ibid).

A chaque problème soulevé, une solution est cherchée : emploi des transportés aux travaux agricoles, obtention de primes par les agriculteurs…Odon Abbal montre ainsi, avec une précision sans failles, que les Guyannais et les métropolitains se sont unis en 1917 pour mener la guerre de front.

Odon Abbal montre son souci d’analyse des données économiques et de mise en lumière des comportements humains liés à la situation de guerre.

Vous pouvez lire cet article et tous les autres chapitres de l’œuvre sur le site d’Artelittera, au prix de 4 € :

Pénélope Giordano