Étranges récits, étranges lectures, de Rachel Bouvet

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Rachel Bouvet est professeure au Département de littérature à l’UQÀM – Université du Québec À Montréal. Elle fait paraître, en 2007, l’ouvrage Étranges récits, étranges lectures – Essai sur l’effet fantastique aux Presses de l’Université Québec.

Les lecteurs passionnés par le fantastique auront plaisir à découvrir le chapitre 2, « Les procédés de l’effet fantastique ». Dans ce chapitre, Rachel Bouvet s’intéresse non pas au genre fantastique en lui-même, mais à l’effet qu’il produit sur le lecteur. Pour ce faire, elle s’appuie sur différents auteurs. Elle mentionne, en premier lieu et avec justesse, les noms de Maupassant et Poe, deux grandes références du genre fantastique. Elle explique qu’ils ont chacun leur propre point de vue quant au ressenti du lecteur : Maupassant parle du doute et de l’hésitation ; Poe insiste sur l’aspect court de la nouvelle, qui facilite selon lui l’effet fantastique.

Rachel Bouvet montre ensuite l’intérêt que porte Riffaterre, un linguiste français, aux « réactions des lecteurs face à un texte littéraire » (cit.p.66). Elle différencie toutefois leurs démarches, en précisant que si Riffaterre a choisi de s’intéresser à des poèmes, elle a pour sa part préféré la forme brève. Il est intéressant de rappeler que l’effet fantastique a lieu non grâce à un procédé unique, mais grâce à un ensemble de procédés qui le fait agir sur la totalité du récit. La forme brève choisie par l’auteure de l’article est donc ici tout à fait fondée.

Elle s’attache à décrire un aspect important du récit fantastique, et pourtant peu étudié : le suspense. Elle montre que ce procédé, lié à la forme brève, favorise la rapidité de lecture. De ce fait, elle rassure les lecteurs qui éprouveraient des réticences à lire ce genre littéraire. Elle ne néglige cependant nullement les exceptions en terme de longueur et rappelle que The Turn of the Screw d’Henry James et Malpertuis de Jean Ray sont des novellas, c’est-à-dire des romans courts.

Elle se penche enfin sur les procédés de l’effet fantastique, qu’elle associe, tout en les décomposant pour mieux les étudier, à différentes œuvres. Cette explication, appuyée par des exemples, permet de mieux cerner les effets produits par le fantastique au cours de la lecture. Elle décrit ainsi, de manière minutieuse, le suspense présent dans Ligeia d’Allan Poe de la page 71 à la page 84. Puis elle analyse l’ambiguïté dans La Vénus d’Ile de Prosper Mérimée de la page 84 à la page 101. Elle souligne la fragilité du cadre de référence dans L’Intersigne de Villiers de L’Isle-Adam aux pages 120 et 121 – où la version d’un événement change selon le point de vue –, voire la disparition totale de l’espace dans La Ruelle ténébreuse de Jean Ray pages 121 à 142, et les jeux de l’espace dans Héloïse d’Anne Hébert, aux pages 143 à 159, qui présente le passage continuel d’un lieu à un autre, dans le but de perdre le lecteur. Ce chapitre est très complet : Rachel Bouvet y expose avec une riche argumentation un grand nombre d’aspects du fantastique. Vous pouvez lire ce chapitre, et tous les autres de l’ouvrage de Rachel Bouvet sur le site d’Artelittera, au prix de 4 €.

Pénélope Giordano

Imaginaires du Vent, sous la direction de Michel Viegnes

Le Vent dans la Chanson de Roland

L’ouvrage intitulé Imaginaires du vent, dirigé par Michel Viegnes, comprend vingt-quatre chapitres sur des thèmes diversifiés autour du vent. Le chapitre 11, intitulé Le Vent dans la Chanson de Roland, étudie le rôle symbolique de l’élément dans l’œuvre attribuée à Turold. Il a été rédigé par Asdis R.Magnusdottir, chercheure universitaire en Islande, spécialiste de littérature médiévale.

Les passionnés d’Histoire trouveront leur bonheur dans ce texte. Il retrace la légende de la Chanson de Roland en glorifiant le cor, célèbre instrument à vent. Traditions populaires, personnages connus, le lecteur curieux sera satisfait de replonger dans les mythes et légendes médiévaux où le cor est mis à l’honneur. Symbole du vent, puisque sa musique est liée au souffle, il est rattaché à la chasse – le cor sonne pour troubler les proies – et à l’orgueil de Roland – alors que celui-ci est attaqué, il refuse d’appeler à l’aide jusqu’au dernier instant. Son dernier souffle lui offre cependant une force héroïque : sa mort est en effet accompagnée de la colère des éléments – « orages », « tonnerre », « vent », « pluie », « grêle » – qui magnifient l’ultime son du cor. Cette dernière tonalité vient teinter l’œuvre d’un souffle épique qui ravira les lecteurs avides de récits chevaleresques.

Asdis R.Magnusdottir, « Le vent dans La Chanson de Roland », Imaginaires du vent, sous la direction de Michel Viegnes, éditions Imago, Paris, France, 2003, pp 144-153.