Ebook : L’état canadien et la diversité culturelle et religieuse 1800 -1914

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Cet ouvrage collectif publié en 2009 et  intitulé L’état canadien et la diversité culturelle et religieuse 1800 -1914, réalisé sous la direction de  : Lorraine Derocher, Claude Gélinas, Sébastien Lebel-Grenier et Pierre C. Noël (Presses de l’Université du Québec) présente une approche historique du fait religieux dans le cadre de la société multiculturelle canadienne. A bien des égards, la manière dont est traitée la question des religions au Canada fait figure d’exemple pour les pays occidentaux.

Les auteurs mettent l’accent sur le dispositif législatif qui permet de structurer un mode de comportement.  En effet, “le Canada s’est donné des outils constitutionnels et législatifs tels l’article 27 de la Loi constitutionnelle de 1982, qui stipule : « Toute interprétation de la présente charte doit concorder avec l’objectif de promouvoir le maintien et la valorisation du patrimoine multiculturel des Canadiens », et la Loi sur le multiculturalisme canadien de 1988 qui vient en quelque sorte en prescrire l’application (L.R. (1985), ch. 24 (4e suppl.)). Dans le même ordre d’idées, dans le sillon de l’interprétation judiciaire du droit à l’égalité (Commission ontarienne des droits de la personne c. Simpsons-Sears, [1985] 2 R.C.S. 536, 23 D.L.R. (4e) ; Commission scolaire de Chambly c. Bergevin, [1994] 2 R.C.S. 525, 115 D.L.R. (4e)), l’État canadien a retenu au cours des dernières décennies le concept juridique de l’accommodement raisonnable qui impose, dans une situation de discrimination, une obligation juridique d’aménager, à l’intérieur de limites raisonnables, une norme ou une pratique universelle en accordant une dérogation à une personne qui serait pénalisée par l’application indifférenciée de la norme ou par la pratique. Cette mesure est conçue comme faisant partie intégrante du
concept d’égalité et pouvant s’appliquer à l’ensemble des domaines d’activité visés par les lois relatives aux droits de la personne. Mais outre ces outils juridiques, l’instrument sans doute le plus efficace demeure le citoyen et l’éthos canadiens tels qu’ils se sont construits au cours des derniers siècles.” (Chapitre Avant-propos, p. VIII). A noter que ce principe “d’accommodement raisonnable” entre progressivement dans les normes légales européennes et françaises.

Certes sur le plan historique et culturel, une donnée est typiquement canadienne, celle qui implique de tenir compte de la présence des Indiens. Les Indiens ont eu à subir des traitements abigus : d’un côté les missionnaires européens ont tout fait durant le XIXe siècle pour anéantir leurs pratiques culturelles et religieuses. Mais de l’autre côté, l’Etat canadien a mis en place de bonne heure un dispositif législatif pour les protéger. En effet, la “Loi sur les Indiens votée par le gouvernement canadien en 1876 a longtemps été considérée par les spécialistes et la population en général, y compris les Autochtones, comme un instrument d’assimilation au service de l’État ; certains y ont même vu une arme génocidaire destinée à gommer la réalité autochtone du paysage social du pays. De même, différentes dispositions contenues dans le texte de loi initial, tout comme d’autres qui y ont été ajoutées au fil des ans, que ce soit l’élection des chefs de bande par scrutin, l’obligation pour les enfants autochtones de fréquenter l’école ou encore les différentes clauses d’émancipation, ont été interprétées comme autant de mesures destinées à détacher et éloigner les Autochtones de leur cadre de référence culturel « traditionnel » et d’en faire des individus raisonnables et responsables, des « citoyens » au sens de l’idéologie britannique
de l’époque. Il en allait de même pour les articles de la loi qui concernaient l’interdiction de certaines pratiques culturelles et religieuses.” (Chapitre 5, p. 95)

L’exemplarité canadienne réside dans le fait que très tôt, l’Etat a intégré dans l”exercice du pouvoir politique la dimension du multiculturalisme, ce qui n’existe pas dans les constitutions européennes, empêtrées dans une histoire séculaire qui retient principalement les notions d’un seul peuple et d’une seule religion.  Jean-Philippe Garneau, Professeur au Département d’histoire de l’Université du Québec à Montréal, observe que les apports français sont de deux ordres, la religion catholique et le droit. Dans le cadre de sa contribution à l’ouvrage, il souligne que ” l’initiative des élites coloniales et la pratique
institutionnelle ont eu un rôle déterminant dans l’établissement d’un modus vivendi entre les communautés culturelles. Le cas du statut de la langue illustre que la gestion de la différence s’est faite à travers la lutte que se livrent les élites de la majorité canadienne et de la minorité britannique.
Il donne aussi à penser que des accommodements réciproques sont nés au fil des aménagements dans l’enceinte législative, mais surtout dans l’arène judiciaire.” (Chapitre 2, p. 24-25)

En ce sens, le modèle français offre des avantages et des limites. Samit Saul apporte une large contribution sur ce point  : “Ceux-là sont conviés à demeurer dans la sphère privée, l’espace public appartenant à ce qui est commun à la nation. Elle associe les découpages
catégoriels et le différentialisme à l’arbitraire, à la déconstruction du lien social et à la mise au rancart des principes, par définition universels. Pluriethnique, elle n’en fait pas une donnée permanente ou significative. Elle se comprend comme fusionniste, intégrationniste et assimilationniste, nullement comme une mosaïque ou une juxtaposition de communautés. Elle accueille la diversité pour les individus, mais elle n’accepte pas que des groupes s’en réclament. La nation et son unité
ont pour corollaire une culture nationale.” (Chapitre  8   p. 178)

Cet ouvrage est d’une grande actualité. On peut le retrouver sur artelittera.com et peut être télécharger sous format chapitre (10 chapitres), ce qui permet à l’utilisateur de choisir celui qui concerne ses intérêts.

 

Rituels religieux et funéraire de l’islam dans un contexte d’immigration

 

 

 

Cet ouvrage ci-dessous référencé et publié en 2011, est consacré à un thème que nul ne peut ignorer : comment la religion de l’islam, pratiquée dans un contexte minoritaire (par exemple en Europe ou en Chine), peut poursuivre le rituel funéraire, assez complexe dans une société qui adopte d’autres rites funéraires. Comment s’adapter ?

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Cet ouvrage passionnant, mis en ligne sous formet chapitre par Artelittera, contribue à éclairer sur des pratiques mais apporte également des précisions scientifiques et philosophiques sur des positions face à la mort. Ainsi le chapitre 3 est entièrement consacré à la pensée portant sur le suicide et l’euthanasie. Des question de société largement débattues en Europe selon des approches religieuses et laïques.

“Le Premier des prophètes à souhaiter la mort est le prophète
d’Allah Joseph « Yusuf », paix soit sur lui. Ibn Abbas rapporte : « le
prophète Joseph est le premier à demander sa mort »1, et dans une
autre citation, il dit : «à l’exception de Joseph, aucun des prophètes
n’avait demandé la mort » (Ibn Abi Hâtim, Tafsîr, (7/2204). (page 66)

La question du suicide n’est pas close. Elle est portée au débat critique. Certes, il est clair que les actions terroristes à travers lesquelles on apprend que des jeunes gens, quelquefois des adolescents, courent littéralement au devant de la mort, à la fois surprennent, sidèrent et forment des questionnements. Le christianisme met en avant le respect sous toutes ses formes de la Vie. La vie à porter dès la conception comme un bien précieux, la Vie à donner à une autre vie, etc. La sacralisation de la vie vient se heurter à cette conception autre, pas nouvelle du tout (nombre de cultures sont familiarisées avec le suicide, comme le Japon), qui semble approuver le désir de mourir. Or, rappelle le texte publié par les Presses de l’Université de Laval, rien n’autorise un musulman à décider de se suicide. Mais le texte va plus loin qu’une simple appréciation de quelques avis du prophète. L’auteur décrit un modèle historique, rapporte différentes prises de positions émanant de diverses autorités religieuses et rapporte des décisions religieuses contemporaines, portant notamment sur les personnes maintenues dans un état médical de coma face auxquelles il faut prendre la décision de signifier ou pas qu’ils sont décédées. Les points de vue déclarés divergent sur nombre de ces questions, signe que l’islam n’est pas une religion fermée et qu’elle continue de s’interroger philosophiquement.

La mort musulmane en contexte d’immigration et d’islam minoritaire. Enjeux religieux, culturels, identitaires et espaces de négociations. Sous la direction de  Khadiyatoulah Fall, Mamadou Dimé. Editeur : Presses de l’Université Laval. Nombre de pages : 238

La Conversion religieuse x La Bruyère

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La conversion religieuse au XVIIe siècle vue par La Bruyère ? C’est le sujet que traite avec brio Michel Bouvier, dans l’ouvrage La Conversion religieuse, sous la direction d’Emmanuel Godo, disponible sur Artelittera. Le chapitre 6 prolonge la réflexion du moraliste, évoquée dans la section Des Esprits Forts, des Caractères.

Comment « devenir chrétien » ? C’est précisément ce qu’explique La Bruyère en affirmant sa propre foi en l’existence de Dieu. On apprend d’abord que la première étape de la conversion consiste à devenir raisonnable, c’est-à-dire, « ne penser et n’agir que selon une raison parfaitement épurée, rendue ainsi aussi libre, droite et juste que le comporte sa nature divine ». Devenir chrétien est alors le but que doivent poursuivre les esprits forts, dans le but de libérer leur raison.
Pour autant, le moraliste ne manque pas de dénoncer la fausse dévotion des esprits faibles, qui ont « tous les vices du cœur et de l’esprit » et qui nient la Providence divine.

Vous souhaitez poursuivre cette réflexion ? Rendez-vous sur Artelittera pour télécharger légalement ce chapitre.

Doria Messaoudene