Anthropologie de l’homme sans Dieu dans Les Pensées de Pascal

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Cet essai intitulé Créature sans créateur. Pour une anthropologie baroque dans les pensées de Pascal de Hall Bjørnstad (2010 chez CIERL/PUL puis en version papier uniquement chez Hermann éditeur en 2014 ) interroge le texte fondateur de l’oeuvre de l’auteur, selon une approche anthropologique, soit le discours sur l’homme. Ce fameux “roseau pensant” est ici abordé en prenant en compte diverses interprétations historiques et contemporaines dont il a pu faire l’objet, en particulier celle de Jean Mesnard qui en 1951 publie Pascal réédité en 1967 chez Hatier.

Hall Bjørnstad met en lumière l’expérience existentielle valorisée à travers ce fragment 113 des Pensées de Pascal. L’auteur retient cet argument mis en avant par Mesnard, la poétique de l’ennui mise à l’épreuve par Pascal. Ce roseau pensant est reconnaissable dans “le même retour sur soi qui mène à un savoir minimal mais essentiel, la même hantise verticale qui s’exprime comme une tension entre une bassesse réelle et un désir de redressement. L’homme n’est que dépendance, mais c’est une dépendance qui se connaît – et, comme nous allons bientôt le voir, cette conscience de sa misère est inséparable de son désir d’y échapper” (p. 134). La dépendance évoquée par Hall Bjørnstad est le mot clé de la description de la “créature” humaine. puisqu’elle est à l’origine d’un impératif, celui du “besoin”. Ce schéma entre dépendance et besoin peut montrer, selon Hall Bjørnstad, qu’il s’agit avant tout des  ” besoins qui sont essentiels à l’homme pour le maintien immédiat de la vie, c’est-à-dire les besoins physiques comme la respiration, l’alimentation, l’élimination, le sommeil, le maintien de la température,etc. Sans la satisfaction de ces besoins, non seulement l’indépendance, mais aussi le désir d’indépendance perdent leur signification” (p. 137).

La lecture de cet essai est recommandée sur la plateforme Artelittera qui offre la possibilité aux internautes de ne télécharger que le chapitre (2€) qu’ils souhaitent lire.

A noter la bibliographie
de Jean Mesnard à propos de Pascal :

Pascal [1951], Paris, Hatier, 1967.
– « Baroque, science et religion chez Pascal » [1974], La culture du XVIIe siècle.
Enquêtes et synthèses, Paris, Presses universitaires de France, 1992, p. 327-
345.
– Les « Pensées » de Pascal [1976], Paris, SEDES, 1993.
– « Le thème des trois ordres dans l’organisation des Pensées » [1988], La culture
du XVIIe siècle. Enquêtes et synthèses, Paris, Presses universitaires de France,
1992, p. 462-484.

Afrodescendances, cultures et citoyenneté: Chapitre 9

9782763798974Cet ouvrage, intitulé Afrodescendances, cultures et citoyenneté, publié sous la direction de Francine Saillant et Alexandrine Boudreault-Fournier a été publié en 2012 par les Presses de l’Université Laval.

Le chapitre 9, à télécharger sur artelittera.com, signé Catherine Benoît, enseignante chercheure au Département d’anthropologie, Connecticut College, porte le titre suivant : ” L’héritage de l’indépendance d’Haïti à la Guadeloupe
Du langage des droits au non-droit des expulsions“. Quel est le propos de l’auteure ? Celle-ci interroge le traitement des étrangers sur ces îles françaises. “Dans tous les territoires d’outremer,
l’étranger est légalement dans une position plus vulnérable que s’il résidait sur le territoire hexagonal. Si la condition des étrangers en France est soutenue par des lois votées par le parlement français, le contenu de ces lois peut répondre à des demandes des élus de ces territoires, comme dans le cas de la Guadeloupe où les lois récemment passées confortent les attitudes et actions de rejet à l’égard des ressortissants haïtiens.” (page 181).

Le droit applicable en France concernant les étrangers n’est pas automatiquement appliqué dans ces territoires Outre Mer, en particulier en Guadeloupe. Ce traitement particulier n’est pas nouveau, il est directement issu des politiques coloniales conduites par l’administration française jusqu’en 1980. Le schéma est le même : si la France vote des lois en faveur des droits des étrangers, aussitôt le droit en outremer stipule des restrictions. “La circulation entre les DROM, les COM et l’hexagone pour les étrangers renvoie à une conception clivée du territoire français du fait que les autorisations de circulation vers le territoire métropolitain ou ultramarin varient en fonction de la nationalité du demandeur et du territoire visité (Rodier 1999 ; Duflo 2007 ; GISTI 2007).” (page 184). En suivant la pensée de Paul Ricoeur, Catherine Benoît prend en considération de manière distincte l’étranger visiteur, l’étranger immigré et l’étranger réfugié. Dans les trois cas, elle observe des différences flagrantes de traitement qui aboutissent à un rejet de l’étranger.

Après une analyse portant sur les questions de droit uniquement , qui met en lumière le traitement inhospitalier des îles concernant le peuple haïtien, l’auteure conclut que : “L’étranger déshumanisé est celui reconduit à la frontière. S’il n’existe pas d’hospitalité à l’égard des étrangers qui souhaitent venir sur le territoire français, il n’y a pas non plus d’humanité dans les reconduites. Les personnes arrêtées sont éloignées sans avoir eu le temps de se changer, de rassembler leurs effets personnels, sauf lorsque le consul, s’il est averti d’une arrestation, fait une demande d’un jour franc, ce que certains ne font plus car, disent-ils, ils passeraient leurs journées à établir ces demandes. Les reconduites à la frontière se font sans tenir compte des conventions internationales que la France a signées.” (page 188)

Beaucoup de questions surgissent : les frontières et leur renforcement, le concept de nation, le concept de citoyen. Ce sujet est trop important pour qu’on l’esquive. Catherine Benoît de citer Paul Ricoeur, dans La condition d’étranger, un texte court dans lequel “il propose une « distinction de base » historique entre les « membres » de la nation et les « étrangers », comme socle essentiel de la nation. La figure de l’étranger, selon Ricoeur, se décline en
quatre figures : celle du visiteur, de l’immigré, du réfugié et du « suppliant » ; ce dernier étant, au nom du droit d’ingérence pour raison humanitaire, celui des pays tiers auquel les États nations prêtent attention à condition qu’il reste chez lui.”

Ce chapitre 9 est à télécharger en format PDF, pour le prix de 2€ dans le monde entier.

 

 

 

 

Rituels religieux et funéraire de l’islam dans un contexte d’immigration

 

 

 

Cet ouvrage ci-dessous référencé et publié en 2011, est consacré à un thème que nul ne peut ignorer : comment la religion de l’islam, pratiquée dans un contexte minoritaire (par exemple en Europe ou en Chine), peut poursuivre le rituel funéraire, assez complexe dans une société qui adopte d’autres rites funéraires. Comment s’adapter ?

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Cet ouvrage passionnant, mis en ligne sous formet chapitre par Artelittera, contribue à éclairer sur des pratiques mais apporte également des précisions scientifiques et philosophiques sur des positions face à la mort. Ainsi le chapitre 3 est entièrement consacré à la pensée portant sur le suicide et l’euthanasie. Des question de société largement débattues en Europe selon des approches religieuses et laïques.

“Le Premier des prophètes à souhaiter la mort est le prophète
d’Allah Joseph « Yusuf », paix soit sur lui. Ibn Abbas rapporte : « le
prophète Joseph est le premier à demander sa mort »1, et dans une
autre citation, il dit : «à l’exception de Joseph, aucun des prophètes
n’avait demandé la mort » (Ibn Abi Hâtim, Tafsîr, (7/2204). (page 66)

La question du suicide n’est pas close. Elle est portée au débat critique. Certes, il est clair que les actions terroristes à travers lesquelles on apprend que des jeunes gens, quelquefois des adolescents, courent littéralement au devant de la mort, à la fois surprennent, sidèrent et forment des questionnements. Le christianisme met en avant le respect sous toutes ses formes de la Vie. La vie à porter dès la conception comme un bien précieux, la Vie à donner à une autre vie, etc. La sacralisation de la vie vient se heurter à cette conception autre, pas nouvelle du tout (nombre de cultures sont familiarisées avec le suicide, comme le Japon), qui semble approuver le désir de mourir. Or, rappelle le texte publié par les Presses de l’Université de Laval, rien n’autorise un musulman à décider de se suicide. Mais le texte va plus loin qu’une simple appréciation de quelques avis du prophète. L’auteur décrit un modèle historique, rapporte différentes prises de positions émanant de diverses autorités religieuses et rapporte des décisions religieuses contemporaines, portant notamment sur les personnes maintenues dans un état médical de coma face auxquelles il faut prendre la décision de signifier ou pas qu’ils sont décédées. Les points de vue déclarés divergent sur nombre de ces questions, signe que l’islam n’est pas une religion fermée et qu’elle continue de s’interroger philosophiquement.

La mort musulmane en contexte d’immigration et d’islam minoritaire. Enjeux religieux, culturels, identitaires et espaces de négociations. Sous la direction de  Khadiyatoulah Fall, Mamadou Dimé. Editeur : Presses de l’Université Laval. Nombre de pages : 238

Histoire des traites négrières, de Klah Popo : Chapitre 2

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Ce chapitre s’intitule : Enracinement de l’esclavage en Afrique ante-islamique (pages 15-20)

Klah Popo défend l’idée selon laquelle “la traite négrière consiste en un réseau de relations économiques mondialisées, du XVe au XIXe siècle, fondées entre autres activités sur la déportation, la réduction en bois d’ébène, et l’exploitation de millions de Nègres par les
Blancs. Aussi la cohérence interne de ce réseau d’échanges, et sa capacité remarquable d’autopoèse, en font une espèce particulière
de système économique. La traite négrière est donc un système socio-économique inventé par les Européens, dont l’un des
piliers consiste en un crime contre l’humanité négro-africaine.”

En allant contre un certain nombre de stéréotypes et idées non scientifiques, il déclare : “Le seul commerce mondialisé ayant reposé sur la déportation massive et l’exploitation quasiment exclusive des Nègres est la traite dite atlantique. En principe, seul ce commerce peut être
désigné comme une « traite négrière ». C’est même l’une de ses caractéristiques fondamentales que d’être « négrière » ; l’autre
consistant dans sa structure tripartite, telle que le lieu d’où s’organisent les déportations est différent de celui où les captifs sont
déportés et exploités12. Une dernière caractéristique particulière étant que les États négriers européens, tels la France, l’Espagne
ou la Suède, ont élaboré tout un arsenal juridique visant à entériner la réduction exclusive de Nègres en « Bois d’ébène », et à
optimiser l’exploitation aux colonies américaines de cette « chose mobiliaire », entre autres, pour leur plus grand bénéfice.”

Qu’est-ce que l’esclavage ? Que désigne ce terme en tant que condition humaine ? “toute servitude humaine n’est pas de l’esclavage. “L’esclavage est une forme particulière de servitude humaine, parmi beaucoup d’autres. L’esclave est un non-citoyen (ou un citoyen
déchu) contraint de travailler gratuitement pour un maître, souvent ad vitam, et dont la non-citoyenneté est souvent héréditaire.
En tant que non-citoyen, l’esclave n’est pas considéré comme un membre de droit de la société politique ; et bien entendu étant
contraint, il n’est pas libre, puisqu’il est sous l’empire du maître. L’esclave domestique est celui qui est employé au domicile du
maître, soit pour des travaux domestiques, soit à des fins sexuelles. Tandis que l’esclave de production est employé dans une activité
économique de création de richesses pour le compte de son maître ; lequel peut louer cette force productive à tout autre
destinataire de son choix. Cet esclave n’en demeure pas moins un être humain, reconnu notoirement comme tel, quoique soumis à un autre être humain, son maître. D’où une différence radicale avec le « bois d’ébène », puisque ce dernier est juridiquement déchu d’humanité, réduit à la condition de « chose mobiliaire », et appartenant comme telle à un propriétaire. Existait-il en Afrique ancienne, anté-islamique,
une catégorie de personnes dépourvues de droits civiques, attachées à des maîtres, dont elles assuraient, sous contrainte, a
fortiori ad vitam, des prestations domestiques, sexuelles ou économiques ?”

Le livre de Klah Popo ne peut pas échapper à notre réflexion. Suite aux exactions commises par les extrémistes des pays musulmans en ces dernières années 2014-2016 (et suivantes) on doit reprendre cette réflexion qui n’est pas abolie.

Titre : Histoire des traites négrières, Critique afrocentrée d’une négrophobie académique

Auteur : Klah Popo

Editeur : Anibwe Editions

Collection

Année : 2010

ISBN : 9782916121307

Nombre de pages : 330

Langue : Français

 

 

Le Journalisme entre guerre et paix au Rwanda

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Cet ouvrage, Le journalisme entre guerre et paix au Rwanda, de Annie Laliberté, comprend 15 chapitres téléchargeables pour 2 € le chapitre sur artelittera.com  pose la question du journalisme au service de la paix en temps de guerre.

“Ce mouvement « journalisme de paix », qui a pour but de renforcer la paix et la démocratie dans des zones touchées ou menacées par des conflits, est expérimenté au Rwanda depuis une quinzaine d’années. Il est d’un intérêt majeur pour une anthropologie des mondes contemporains de plus en plus préoccupée par la circulation des idées et des êtres humains et par l’arrimage des mondes globaux et des particularités locales, puisqu’il est précisément à l’intersection d’une culture locale et d’une certaine culture professionnelle globalisée. Né d’une idée, il prend tout son sens lorsqu’il est enraciné, vécu, expérimenté dans une localité d’accueil dotée de ses caractéristiques endogènes. Il serait quelque peu paradoxal de penser qu’une pratique journalistique respectueuse de la complexité des conflits puisse être adoptée dans une localité sans une prise en compte des conditions socioculturelles et politiques du contexte destiné à l’accueillir et l’affecter. En fait, qu’est le journalisme de paix sinon un idéal de la profession applicable sous certaines conditions ? Peut-il être considéré comme un moyen à mettre en oeuvre pour relever – et démocratiser – un Rwanda traumatisé par une guerre et un génocide ? Grâce
à ses méthodes de terrain, l’anthropologie est à même de permettre une incursion dans les milieux journalistiques locaux alors qu’une réflexion s’impose sur la capacité d’une pratique professionnelle à agir sur un contexte qui agit
sur elle.” (Introduction, extrait)

Annie Laliberté pose avec justesse la question du journalisme de guerre. Pourquoi ? La lecture de cet ouvrage est recommandée à tous les étudiants en journalisme.